Matrimoine et « me too »

Vient de paraître

l’héritage culturel de la capitale au féminin –

Un livre pour suivre les traces des femmes remarquables du passé avec un fil d’Ariane, une invite à détourner les bâtiments pour les forcer à parler de celles qu’ils ont oubliées. « Do it yourself! » Apprenez à les détournez aussi !

 Prenez Paris et sa pelote de rues. Vous en tirez un fil qui mène de bâtiments en statues à des femmes du passé. L’occasion en 20 itinéraires d’évoquer les femmes remarquables qui ont fréquenté les lieux : écrivaines, peintres, scientifiques ou même sorcières… L’héritage culturel de la capitale au féminin.

Malgré les obstacles, elles ont créé, inventé, fait avancer les mentalités, avec pour point commun leur détermination et leur courage.

Édith Vallée redonne à ces femmes d’exception la place qu’elles méritent dans la grande histoire de Paris et de l’Humanité.

Passionnant pour découvrir la capitale sous un angle nouveau, l’ouvrage est aussi une offrande aux générations d’aujourd’hui pour savoir et comprendre.

Qu’est-ce que le matrimoine ?

Le matrimoine n’est pas un mot nouveau. Au Moyen-Age et jusqu’au XVIe siècle, les époux inscrivaient chacun dans le contrat de mariage les biens issus de leur père, le patrimoine, et les biens issus de leur mère, le matrimoine. Il y avait donc quatre sortes d’apports dans la corbeille nuptiale. 

 

Que rencontre-ton dans ce livre ?

 

Un ton, souvent léger, des jardins, quelquefois secrets, des femmes du passé dont on recueille l’histoire. Une méthode aussi, pour apprendre à détourner les bâtiments. Par exemple, face à la statue équestre d’Henri IV, ne parler que de Jeanne d’Albret, mère du roi et créatrice de nombreuses écoles de filles. Ou bien devant l’Académie de médecine, on rendra hommage à Angélique du Coudray : elle a mis au point une méthode d’accouchement qui a sauvé des milliers de vies au XVIIIe siècle.

Dans le livre, un fil d’Ariane parcourt chaque itinéraire. Il révèle l’enjeu que se sont données les femmes ayant fréquenté les lieux. Une sorte de jeu de piste. Dans l’itinéraire « Prendre la plume et son envol », le fil suit la difficile entrée des femmes dans l’écriture.

 

Matrimoine et le phénomène du « me too »

 

Le livre répond enfin aux provocateurs : « si les femmes avaient eu du talent, cela se saurait » et aux compatissants : « logique qu’il reste si peu de femmes en mémoire, avec tous les obstacles qu’elles ont connus ». Or, oui, les femmes ont eu du talent, oui, elles ont été reconnues à leur époque. Puis oubliées, comme par exemple Camille Claudel qu’un livre d’Anne Delbé a remis en lumière. Oubliées parce que l’Histoire s’écrit au masculin, retenant essentiellement les grandes figures masculines, à part quelques icônes, Marie Curie, George Sand.

Que signifie cet effacement à travers le temps ? Ce qui viendrait d’elles, leurs créations, leurs découvertes, leur héroïsme serait-il donc dépourvu d’importance ? Facile alors de réduire les femmes à un corps, maternel – à vénérer – ou sexuel, qu’il serait légitime pour certains, de s’approprier. C’est ce que prouvent le harcèlement et les violences contemporaines contre les femmes dénoncés à travers la déclaration du « me too », « moi aussi j’ai subi une agression ». Même si aujourd’hui les femmes s’imposent sur une scène qui finit par reconnaître leur part active dans la vie publique autant que dans l’avancée de l’humanité, la dépréciation vient de loin.

 

Réinstaller le matrimoine dans la mémoire collective

 

Toutes celles qui ont « osé » deviennent de nouvelles sources d’inspiration. Ecartées de l’enseignement, elles se transmettent en secret leurs savoirs, telles les sorcières qui connaissent si bien les vertus des plantes. Ou bien, plus tard, elles déploient mille ruses pour bénéficier des connaissances réservées aux garçons. Au XVIIe siècle, exclues de la scène publique, elles créent un monde à part, dans des lieux nommés « salons ». De là, elles s’attachent à influencer les mœurs et la langue française. Certaines prennent la plume et leur envol d’écrivaines. D’autres, au lieu de rester la muse d’un artiste, déploient leur propre talent. Elles soulèvent des montagnes quand une passion les habite. Elles reconstruisent la France en temps de guerre. Elles passent de colonisées à exploratrices de l’inconnu.

 

Elles sont mères aussi, nos mères spirituelles. Elles laissent en héritage à l’humanité une richesse culturelle, artistique, scientifique, des leçons d’héroïsme sans lesquelles nous ne serions que la moitié de nous-mêmes. Pour les rencontrer, il ne faut pas hésiter à détourner les discours des pierres habituées à servir l’Histoire officielle. Se souvenir de l’apport des femmes remarquables du passé, les célèbres comme les inconnues, engage un changement profond des mentalités.